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Et si en 2017, l’État arrêtait « d’emmerder les Français » ?
GUERIN


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Publié le 9 janvier 2017 dans Libertés publiques

Publié au Journal Officiel le 30 décembre 2016, le Décret n°2016-1955 du 28 décembre 2016 cosigné par Bernard Cazeneuve, Bruno Leroux, Jean-Jacques Urvoas et Ericka Bareigts vient modifier la liste des infractions pouvant être sanctionnées à distance via des caméras ou des radars automatiques. Il est entré en vigueur le 31 décembre 2016.

L’instauration du fichier TES
Ce décret n°2016-1460 prévoit l’instauration d’un nouveau fichier des Titres électroniques sécurisés (TES) d’une ampleur inégalée.

Balayant la restriction de la captation d’informations à caractère personnel, faisant fi de la proportionnalité de la détention d’informations sur un quidam en fonction des risques qu’il peut faire courir à la société, il suffit de détenir une carte d’identité ou un passeport pour figurer dans ce fichier électronique conservé dans une base centralisée. Cela concerne près de 60 millions de Français.

Dans son communiqué de presse du 7 novembre 2016, le Conseil National du Numérique appelait le gouvernement à suspendre la mise en œuvre de cette base de données, et s’est autosaisi pour examiner des alternatives techniques plus modernes et respectueuses des droits et libertés.

Quelques interdictions nées en 2016

Nos sagaces représentants ont ainsi décidé de nous interdire, dans le désordre :
◾les vitres teintées pour les voitures (dès lors que le taux de transparence, précise le décret, est inférieur à 70%) ;
◾la fessée pour les enfants (et même « tout recours aux violences corporelles » : quid alors des emmaillotages de nouveaux-nés ?) ;
◾la moto sans gants (pour savoir quels gants sont homologués, prière de vous référer à la directive CE 89/686, sans quoi vous perdrez un point de permis) ;
◾les sacs de caisse en plastique (d’une épaisseur inférieure à 50 microns, merci de vérifier à l’aide d’un microscope) ;
◾les véhicules anciens dans les rues de Paris (immatriculés avant le 1er janvier 1997 : place aux Millennials) ;
◾la cigarette électronique sur le lieu de travail (car comprenez-vous, le geste « rappelle celui de fumer » et « pourrait devenir un point d’entrée vers le tabagisme », nous dit le législateur) ;
◾et last but not least, l’achat d’actes sexuels (mais pas leur vente : comprenne qui pourra).

Ce n’est plus l’État-Nounou, mais l’État-Folcoche, comme la marâtre de Vipère au poing.

Des interdictions insidieuses

Ce sont des détails, me direz-vous.

Justement. Ainsi que l’écrit Tocqueville dans les derniers chapitres fameux et hélas toujours aussi pertinents de la Démocratie en Amérique,

« On oublie que c’est surtout dans le détail qu’il est dangereux d’asservir les hommes. »

Ils perdent peu à peu la pratique de la liberté, et le goût de la défendre. C’est pour notre bien, me direz-vous : n’est-il pas préférable pour les enfants d’échapper à la baffe, pour la nature d’être préservée des plastiques et des pots d’échappement, pour les femmes (et les hommes) de ne pas être traité(e)s en objets sexuels, et pour la police de pouvoir observer les conducteurs de 4×4 suspects ?

Justement. Tocqueville voyait émerger avec frayeur au-dessus des citoyens ce « pouvoir immense et tutélaire » qui

« travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, (…) que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »

Nous abandonnons année après année des libertés trop fatigantes, en nous rapprochant toujours davantage de ce « despotisme démocratique » redouté par le lumineux philosophe il y a près de deux siècles.

En dépit de nos badineries sur les mœurs et de nos prétentions progressistes, nous avons développé collectivement une forme de morale d’État plus répressive et ubiquiste que le clergé de jadis. Comme toute morale, elle génère une redoutable hypocrisie, qui pourchasse les vices des faibles plutôt que de dénoncer les crimes des forts.

On impose des paquets neutres aux fumeurs, mais on déploie des trésors de diplomatie pour vendre nos Rafales, sans images dissuasives d’enfants sous les bombes. On refuse aux vieilles guimbardes l’entrée de Paris, mais on continue à subventionner massivement les énergies fossiles. On invoque la dignité humaine, mais on dénie aux prostitué(e)s les garanties légales qui leur permettraient d’exercer correctement un métier difficile. Tartuffes !

Au lieu d’interdictions, mettre en œuvre des politiques publiques

À la symbolique de la sanction, il serait pourtant possible de substituer une éthique de la responsabilité. En instaurant une taxe carbone pour protéger notre environnement. En faisant payer, via des mécanismes d’assurance, ceux qui viennent engorger les hôpitaux pour avoir conduit une moto sans protection adéquate. En légalisant et régulant les activités prostitutionnelles pour mieux sévir contre la traite et l’exploitation. En appliquant l’article du Code pénal qui condamne à juste titre la maltraitance à l’égard des enfants. Bref, en élaborant des politiques publiques qui nous traitent en adultes. Faute de quoi, les trois quarts des Français qui, selon l’institut Viavoice, estiment souffrir d’un trop grand nombre d’interdits, risquent bien de se rebeller.

Je propose donc une bonne résolution à nos responsables politiques pour 2017, facile à tenir, et inspirée de notre président-poète Georges Pompidou : arrêtez de nous emmerder !

Ah oui, vous avez raison, concluons vite sans plus attendre.

Les petits couinements de Collomb ou de Guaino, outre l’insupportable toupet de ces fats inconséquents, rappellent fort nécessairement de temps en temps de quel bois nos élus sont faits. C’est un bois tendre, qui n’aime pas les petites misères du quotidien des Français qu’ils entendent pourtant représenter, régenter et surtout ponctionner. C’est aussi une excellente illustration du problème de nos élites et de ceux qui dirigent les finances du pays, de près ou de loin : les réactions idiotes de ces deux nantis de la République montrent que tant que l’argent provient de la poche des autres, il n’est jamais dur à gagner, et toujours temps de s’augmenter, jamais de se restreindre.

Par ailleurs, comme l’État qui décide d’adapter ses entrées fiscales à ses grands projets et à ses grandes distributions sociales mais ne tente jamais l’inverse (adapter ses distributions à ses entrées effectives), pour nos deux compères, c’est leur salaire qui doit monter ou se maintenir, vaille que vaille. Ce n’est surtout pas leur train de vie qui doit s’ajuster.

Enfin, une fois élu, il n’y a pas de responsabilité qui tienne : on a décroché la timbale, on a gagné le gros lot ! Pas question qu’en face de ce droit d’indemnités généreuses corresponde un devoir de probité, de qualité et de quantité de travail.

Et puis quoi encore ? Pourquoi pas faire de la politique pour servir gratuitement son pays, tant qu’on y est ?!
—-
contrepoints


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