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UN ministre d’État de la Transition écologique et solidaire inutile
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Rappel des faits Nous publions une interpellation publique à la suite de la décision par la France d’accélérer la mise en concurrence des barrages hydroélectriques exigée par l’Union européenne.
Signataires : Guillaume Gontard, sénateur divers gauche de l’Isère, vice-président de la commission de l’Aménagement du territoire et du Développement durable, Guillaume Balas, député au Parlement européen Génération.s, Marie-Noëlle Battistel, députée socialiste de l’Isère, vice-présidente de la commission des Affaires économiques, Ronan Dantec, sénateur écologiste de Loire-Atlantique, vice-président de la commission de l’Aménagement du territoire et du Développement durable, Fabien Gay, sénateur communiste de Seine-Saint-Denis, Edouard Martin, député au parlement européen, Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, secrétaire national du PCF.




Monsieur le ministre d’État de la Transition écologique et solidaire,

Avec 16 % de la production électrique mondiale, l’hydroélectricité constitue la troisième source de production électrique et la deuxième française. D’ici 2025, la croissance prévisionnelle du secteur dépasse les 20 %. Selon les estimations (Andritz, Agence internationale de l’énergie) entre 1/4 et 1/3 seulement du potentiel hydraulique mondial est exploité aujourd’hui. De fait, le développement de l'hydroélectricité dans le monde est en croissance constante pour des raisons objectives : c'est le mode de production électrique le plus compétitif et le plus durable.

En effet, l’hydroélectricité est un levier essentiel de la transition énergétique. C’est la première énergie renouvelable en France comme dans le monde, seule énergie renouvelable stockable en l’état actuel de la recherche. Composante essentielle du mix énergétique grâce à la stabilité et la flexibilité de son réseau, l’hydroélectricité permet d’éviter chaque année l’émission de plus de 3 milliards de tonnes de CO2. Elle est le complément idéal du développement rapide des énergies renouvelables, pouvant être source d’appoint comme de stockage. Elle peut donc contribuer fortement à atteindre l’objectif français de rééquilibrage du mix énergétique et de baisse régulière de la part du nucléaire.

Dès lors, nous avons toutes les peines du monde à comprendre la politique (ou plutôt l’absence de politique) du Gouvernement en ce qui concerne la filière hydroélectrique, à rebours de l’ambition affichée de transition énergétique.

Cet automne, le Gouvernement restait immobile face au démantèlement, par General Eletric, de l’entreprise GE Hydro de Grenoble. Un plan social prévoyant la suppression de 345 des 800 postes menace la survie même de l’un des leaders mondiaux de l’hydroélectricité. C’est pour la France la perte d’un savoir-faire technologique centenaire, d’un fleuron industriel qui a contribué, en totalité ou en partie, à la construction du tiers des installations hydroélectriques mondiales, dont le fameux barrage à Trois gorges de Chine. Alors qu’en janvier la DIRECCTE d’Auvergne Rhône-Alpes a cassé le PSE pour manque d’information, obligeant GE à revoir sa copie, le Gouvernement persiste à rester en dehors du jeu. Pourtant, alors que les négociations entre les salariés et la direction ont repris en ce début de mois d’avril, la nécessité de conserver un atelier à Grenoble reste plus que jamais d’actualité.

En revanche, de manière toujours plus incompréhensible, le Gouvernement a décidé de faire du zèle sur le dossier de l’ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques. Ainsi, à la suite de la mise en demeure de la France par la Commission européenne en 2015, le Gouvernement a annoncé en février réfléchir à l’ouverture à la concurrence du secteur hydroélectrique. Ce renoncement coupable face aux injonctions de la Commission traduit bien la philosophie néolibérale qui guide l’action de votre gouvernement, alors même que les deux présidents de la République précédents n’avaient pas cédé sur ce dossier.

Cette décision est d’autant plus absurde, que contrairement aux dires de la Commission, le marché électrique français en général, et le secteur hydraulique en particulier, est déjà ouvert à la concurrence. La position dominante d’EDF ne saurait justifier la vente de 150 des 400 barrages nationaux. Dans une logique bien connue de socialisation des pertes et de privatisation des profits, ce sont les concessions les plus rentables qui seront mises en vente, quand les moins rentables seront désormais à la charge des contribuables français, brisant ainsi un système équilibré fonctionnant parfaitement depuis l’après-guerre. C’est une nouvelle fois un bien collectif, qui s’apprête à être bradé, rappelant ce qui s’est passé avec les autoroutes : une poule aux œufs d’or au coût d’entretien minimum et à la rentabilité maximum cédé au privé pour un prix défiant toute concurrence. Nous marchons sur la tête…

Pire encore, au-delà de la production électrique, les barrages font aussi vivre tout un écosystème. Ils sont nécessaires pour l’agriculture locale, l’irrigation, le tourisme et la gestion des inondations. Le risque pour les usagers est réel, puisque jusqu’à présent EDF cédait l’eau potable écoulée des barrages aux collectivités locales à des prix raisonnables. Avec la mise en concurrence, le seul objectif de la gestion des barrages sera le bénéfice maximal, ouvrant la voie à une dramatique explosion du prix de l’eau que les collectivités locales subiront de plein fouet, alors que leurs moyens sont déjà particulièrement contraints.

Enfin notre pays est le seul à subir une telle pression de la Commission européenne pour mettre en concurrence le secteur hydroélectrique. Néanmoins, le premier décisionnaire reste le Gouvernement qui n’est pas obligé de céder aux injonctions de Bruxelles. Brandir l’obligation d’y répondre revient à nier une réelle marge de manœuvre. La France peut au contraire lever cette injonction en déclarant ce secteur comme « service d’intérêt général », ce qui, au regard de son rôle pivot dans l’évolution du mix-énergétique, semble être la moindre des choses.

Plusieurs actions, notamment des chaines humaines, sur les barrages nationaux ont rassemblé, rassemblent et rassembleront de nombreux citoyens et citoyennes ainsi que des élu.es de tout bord politique. De nombreuses collectivités locales ont également adopté à de très larges majorités des motions s’opposant à la privatisation des barrages. Tout cela témoigne, si besoin en était, du profond attachement de nos concitoyens à ce patrimoine hydraulique.

Monsieur le Ministre d’Etat, alors que vous préparez la Programmation pluriannuelle de l’énergie pour les cinq prochaines années, vous ne pouvez pas rester davantage silencieux face au démantèlement de la filière hydroélectrique dans notre pays. Nous vous prions d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Nous vous remercions par avance de l’attention que vous accorderez à cette correspondance, et vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Ministre d’Etat, l’expression de notre très haute considération.


Signataires : Guillaume Gontard, sénateur divers gauche de l’Isère, vice-président de la commission de l’Aménagement du territoire et du Développement durable, Guillaume Balas, député au Parlement européen Génération.s, Marie-Noëlle Battistel, députée socialiste de l’Isère, vice-présidente de la commission des Affaires économiques, Ronan Dantec, sénateur écologiste de Loire-Atlantique, vice-président de la commission de l’Aménagement du territoire et du Développement durable, Fabien Gay, sénateur communiste de Seine-Saint-Denis, Edouard Martin, député au parlement européen, Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, secrétaire national du PCF.


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